Les archives du Théâtre de Nice

 
1995 - 1996
 
Théàtre de Nice
 
18 spectacles
Sous la direction de:
Jacques Weber
 

Calendrier de la saison

L'édito

Edito de la saison 1995 - 1996

EDITO 1995 - 1996


Francis,

C’était dans une salle de classe, des petites tables aux pieds vert pâle, aux plateaux blondins et sales bien en ordre dessinaient des allées mesquines, promesses étroites de liberté, toutes butaient sur la haute marche d’une estrade close par l’horizon du tableau noir, un bureau à gauche, une armoire à droite.

Cet après-midi encore, un troupeau d’adolescents compact et brutal était là envahissant la classe d’une moiteur triste et sauvage ; des chuchotis sournois et rebelles accueillaient sceptiques le discours propret et « rasé de près » d’un professeur de français.

Ce soir comme tous les soirs la salle déserte à la senteur encore épaisse d’encre, de sueur, de craie et de poussière mêlées prenait son petit air tristounet de rentrée des classes. Et puis arrivait un drôle de type dont la bedaine encore jeune pointait déjà comme le menton ; altier et noble, l’homme et sa voix semblaient d’un autre monde, sa cravate semblait une lavallière, heureusement un sourire large comme un soleil était là comme une promesse bien loin des canines aigües d’un prof de math.

« Le » drôle de type allant ouvrir la porte de la classe, fendait un groupe de mômes où enfin s’étaient mêlées des filles, belles comme le blé en herbe, elles venaient avec les garçons apprendre à dire « je t’aime » « je te hais », « je me meurs », « je suis votre colombe et vous êtes mon roi »…

Ils venaient, nous venions toi et moi le soir dans une salle de classe du lycée Carnot. Le drôle de type venait nous y apprendre le théâtre.

L’avalanche des jours n’étouffe pas ces premiers instants qui disent tout qui, disent tant.

Le théâtre disait déjà les mêmes choses et nous allions y chercher déjà la même chose.

C’est à présent, Francis, que je m’en rends compte quand les années de nos vies n’ont cessé de perdre du terrain, quand les « très riches heures » de la scène n’ont jamais cessé d’en gagner.

Nous allions déjà y chercher des choses toutes simples, le droit d’entendre et de dire je t’aime, le pouvoir d’être fort, d’être beau, de lire des choses à des gens en confidence, par compassion, nous allions y chercher un morceau de temps inutile, de la littérature à feu et à sang, une rupture avec la mort, avec cette lenteur sourde des petites journées. Nous allions y chercher des jolis mots et des belles pensées pour faire bien d’abord, pour paraître, pour « être prêt à être ».

J’ai toujours envie, Francis, de jouer les rois et de combattre les méchants, je n’en sais pas plus mais je sais ça.

Tu viens ouvrir la saison avec « La Peste », tout seul, nu et vrai, devant le rideau de fer tu profanes la lisière, comme si, vieux gamin, tu voulais de plus mentir pour nous dire vrai d’encore plus près. Tout seul nu et vrai avec ton peuple d’ombres, ton toubib et tes malades, tu viens jouer, faire du théâtre, chercher quelque chose, la même chose.

Mais tu parle du Monde, de sa gueule moche et malade, tu te bats avec lui, tu y travaille, tu sors livide de la scène, le théâtre s’est aussi quelque chose d’autopsique on y met à nu muscles, entrailles et viscères du monde, de l’homme et du temps, et puis larmes ou rires à grandes eaux on nettoie, on purge l’âme, dit-on.

Uns foie encore chez Brasseur, chez Simon, et même en ville cette année (tu te rends compte on déplace un eucalyptus centenaire pour les chevaux de Bartabas) on va essayer le temps d’une saison de se faire du bien, d’y voir plus clair, d’aller chercher quelque chose, une pépite de chercheur d’or, un coquillage pour tout petit, les isles des épices des conquistadors, un passage, le détroit de Magellan enfoui caché comme un trésor, fracture d’un mur du monde d’où l’on voyait enfin ce que d’autres on pu voir : un grand désert bleu aux dunes d’eau longues et souples, où son silence fut si fort que l’on crut y entendre le silence de Dieu, où ce calme impressionna tant Magellan qu’il lui trouva un nom : l’Océan Pacifique.

Le théâtre pour moi c’est quelque chose comme ça, un grand silence où l’on joue, un radeau où veillent les conquérants de l’or.

Ton ami si fier, si touché que tu sois là.
Jacques Weber

L'équipe

L'équipe de la saison 1995 - 1996

L’EQUIPE 1995-1996

Direction générale
Jacques Weber
Direction administrative
Yves Saussinan

Secrétaire de direction
Simone Ginefri

Secrétaire générale
Mady Léo
Directrice relations publiques, presse
Dany Montiglio
Secrétaire
Marie-Christine Wagner

Responsable accueil
Nicole Tiramagni
Responsable caisse
Sylvie Langlois
Accueil-caisse
Agnès Mercier
Accueil-caisse
Ella Perrier

Chef comptable
Serge Frigerio
Secrétaire comptable
Michaela Cogno

Standardistes
Fabienne Ortiz, Marie-Ange Serini

Directeur technique
Yves Guérut
Secrétaire
Virginie Gallo

Régisseurs généraux
Alain Bruno, Jean-Paul Moye

Machinistes-constructeurs
François Bollone, René Burg, Sauveur Fargione, Christian Romana

Responsable d’atelier
René Traverso
Constructeur-machiniste
Pascal Brodin

Régie son
Francis Nolier
Régisseurs éclairagistes
Jacques Moreau, Nicolas Gilli
Régisseur lumière
René Poulin

Habilleuse
Clara Fidanza

Entretien
Mireille Courtial

Les crédits

Crédits de la saison 1995 - 1996

Le programme a été réalisé par les établissements
Ciais s.a. imprimeurs-créateurs - Nice

Avec la collaboration de
Mady Léo, Dany Montiglio (documentation)
Gilles Nifenecker (conception graphique)
Annick Blavier (conception de la couverture) - réalisation Grégoire Gardette
Megapom (photocomposition PAO)

 
 
Théâtre de Nice
Les Abîmés
 
 
Théâtre de Nice
La Peste
 
 
Théâtre de Nice
L'Effraction du silence
 
 
Théâtre de Nice
wysiwyg
 
 
Théâtre de Nice
Un Mois à la campagne
 
 
Théâtre de Nice
L'Encyclopédie des joies du cœur
 
 
Théâtre de Nice
Roméo et Juliette
 
 
Théâtre de Nice
Sarah B.
 
 
Théâtre de Nice
La Tour de Nesle
 
 
Théâtre de Nice
Gustave et Eugène
 
 
Théâtre de Nice
Inaccessibles amours
 
 
Théâtre de Nice
Oncle Vania
 
 
Théâtre de Nice
Nini
 
 
Théâtre de Nice
Comme tu me veux
 
 
Théâtre de Nice
Hélène
 
 
Théâtre de Nice
Histoire vécue d'Artaud-Mômo
 
 
Théâtre de Nice
Chimère
 
 
Théâtre de Nice
Decodex